Itinéraire d’un skin’ repenti

Publié le 22/06/2013 à 07H50

Une vie. Skinhead sanglant, P’tit Willy prêche amour et non-violence depuis le temple qu’il a érigé à Saint-Etienne-du-Rouvray.

William Deligny, autrefois P’tit Willy, aujourd’hui Yati Swami

William Deligny, autrefois P’tit Willy, aujourd’hui Yati Swami

Né William Deligny voilà 46 ans, baptisé à la bière et à l’hémoglobine par les skins d’Assas, P’tit Willy ouvre la porte de son monastère hindouiste, tout d’orange vêtu. Si le cheveu reste aussi ras et l’enveloppe lourde, le cœur semble plus léger malgré l’ombre des noirs souvenirs qui lui collent encore à la peau. Comme ce dernier tatouage à l’avant-bras. L’empreinte indélébile de son autre vie qu’il n’a pu ou pas effacé.
Rue du Madrillet, à Saint-Etienne-du-Rouvray, se dresse l’ocre bâtisse où s’inscrit « Visites-Cours de yoga-Conférence-Musique indienne-Musée-Boutique ». P’tit Willy ou plutôt Yati Swami : « On a pris un bus et fait le tour de la France pour trouver un endroit. Ici, ce n’était pas cher et près de Paris. Un squat en ruine. On a tout refait. Sept ans de travaux avec l’argent récolté en Inde auprès des communautés. »

De tortionnaire à martyr

Vaisnava compte six membres. Sans compter un grand bassin où esturgeons, « non c’est pas des requins », et carpes dodues apaisent le regard des bousculés de la vie. « Ici, c’est une communauté religieuse reconnue par l’Etat », répète fièrement celui qui évalue à 200 les personnes passant régulièrement le porche du temple. « Des gens du quartier, des gens perdus, des gamins. Ça vient de loin, de Bordeaux, de l’étranger… »
Ces temps-ci, Pt’it Willy voyage en mode parigot. Chez Ardisson, « un mec avec un cœur gros comme ça », où il a laissé son manuscrit mais également chez les gangs de motards. Son pedigree en guise de passeport lui autorise l’intimité, parfois la confession, des plus violents infréquentables. « Y’a pas longtemps, un chef de bande a pleuré sur mon épaule après avoir demandé aux autres de nous laisser seuls. »
C’est au milieu des années 90, dans une rame de métro parisien que P’tit Willy passera de l’ombre à la lumière. De tortionnaire à martyr. « Etalé sur les quatre sièges, comme le roi du monde. Un arabe s’est assis à côté de moi et m’a demandé ce qui n’allait pas… »
La mue du skinhead en moine sera douloureusement longue. « J’ai d’abord perdu toute ma force, je ne pouvais plus me battre. Plus l’envie, les bras qui tombent. Et en même temps ça me dégoûtait… Je marchais dans Paris, seul à traîner dans les rues. La bande me manquait, je pleurais. J’ai pris une dernière cuite, je suis rentré chez ma femme et mon gosse, j’ai levé la main...»
Un second choc de lumière sera nécessaire. « Je suis retourné chez mes parents. Dans l’ascenseur, j’ai retrouvé une copine d’enfance, juive, et son bébé. Moi en face avec ma tenue noir, nazie… Holocauste… Malaise… » La tête secoue, le menton tombe, les yeux se ferment, la voix toujours plus lasse.
Alors dis-nous P’tit Willy, raconte, crache ta vérité que tout le monde en profite. « J’ai d’abord beaucoup lu, moi javais jamais touché un livre. Des trucs sur le bouddhisme, la bible oui mais pas le coran. La religion m’a permis de penser, de comprendre que je pouvais me racheter. »
Voilà donc vingt ans que Yati Swami soigne son âme et celle des autres. Aux dernières nouvelles, il cherche un éditeur et compte ouvrir un club de motards. En deux roues comme à pied, la route est longue mais le chemin en vaut la peine. Celui des autres qu’il a ravagé.

PHILIPPE TUAL p.tual@presse-normande.com
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